Voici une page d'histoire, La Grande Guerre 1914-1918, vue par les joinvillais écrite et offerte par Mr René DENNILAULER que nous
remercions sincèrement.
Si des visiteurs de ce blog ont des éléments supplémentaires concernant ce document, merci de bien vouloir nous les faire parvenir dans les commentaires, ils seront retransmis à Mr René
DENNILAULER.
La Grande Guerre de 1914-1918
1.- Les inquiétudes des Joinvillais
2.-La Mobilisation Générale
3.- La Militarisation du Bois de Vincennes
4.- L’Hôpital Canadien
5 .- Les années de Guerre
6 .- Les Jetons de Nécessité
7.- Le 11 Novembre 1911 : une explosion de Joie
8.- Baptême des voies publiques
9.- Le Monument aux Morts de 14-18
10.- Epilogue
1.- Les Inquiétudes des Joinvillais
Si les Joinvillais, témoins de la Grande (… La Première…) Guerre Mondiale ont disparu, on peut
transposer l’état d’esprit des Français aux inquiétudes des 8.000 habitants de notre commune. D’autant plus facilement que les grandes découvertes technologiques de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème ont grandement amélioré les échanges d’opinions et
d’informations.
Depuis 1871 un nouveau sentiment, oublié de nos jours, était apparu : le patriotisme tricolore.
Un patriotisme exacerbé par les écrits, par les discours enflammés de nos politiciens. Même dans les écoles primaires on apprenait à lire dans les livres d’Erkman et de Chatrian et les élèves
rêvaient du voyage des deux enfants sur une cigogne alsacienne....
On pouvait lire dans les livres de géographie des Ecoles Primaires :
… la France a perdu deux des plus patriotiques provinces avec ses
deux places fortes contre l’Allemagne, METZ et STRASBOURG ; maintenant ces deux villes sont devenues des dangers pour la France et elles sont proches de Paris (il faut noter qu’en 1914, Paris était encore entourée de hauts remparts avec
des « portes »). La France avait perdu une agriculture la plus prospère et la plus
perfectionnée ; elle avait perdu les mines de fer et de houille de Lorraine et l’industrie de
textile du coton à Mulhouse. Il faut donc reconstruire des nouvelles défenses, des places fortes contre l’Allemagne….. Les Alsaciens et les Lorrains sont privés de toutes leurs libertés par les
allemands . Aussi nous devons aimer les Alsaciens et les Lorrains comme de véritables français et même plus que tous les autres français…. Et
si nous retrouverons un jour assez de force pour battre à notre tour les allemands, ce sera une grande
joie pour la France ……..
Tels étaient les sujets de préoccupation des
français .
Ah, ah.., cette ligne bleue des Vosges, la volonté de reprendre l’Alsace et la Lorraine, la
REVENCHE de l’humiliation de la défaite de Sedan. .
Sujets évoqués avec passion, surtout autour d’un verre
d’absinthe ou de guinguet dans les nombreux cafés de Joinville (aujourd’hui disparus) !
Ce patriotisme se manifestait même dans d’autres domaines. Comme par exemple la guérison par Louis PASTEUR du
petit alsacien Meister (1885), mordu par un chien « enragé ? » (voir le chapitre concernant Jean-Baptiste Jupille) ou encore
la découverte des rayons X « ! » par le Dr ROENTGEN en 1895. Si les allemands utilisaient le nom de « rayons Roentgen » , les Français préfèrent parler de rayons inconnus, les
« rayons X »....
La colonisation allemande du Cameroun (1884), le coup d’Agadir (Juillet à Novembre 1911) démontraient le
pangermanisme du Kaiser Guillaume II et n’ont fait qu’envenimer la situation.
L’assassinat de Jean Jaurès, le 31 Juillet, envenima les discussions dans les cafés alors que personne parlait de Sarajevo, beaucoup trop éloignée.
2.- La Mobilisation
Générale
Dans ce contexte les rumeurs de bruits de bottes sur le Rhin s’amplifièrent jusqu’au jour où les cloches de nos églises,
celle de Saint Charles en particulier, sonnèrent le tocsin, ce premier jour du mois d’Août 1914 : la population était avertie que « ç’à y
est ».
Un deuxième tocsin, le 3 Août 1914, annonçait aux Joinvillais que les Allemands avaient déclaré la guerre à la France et
que c’était la mobilisation générale .
Comment se passa cette
mobilisation à Joinville ?
La France avait besoin de 3 millions de soldats c’est-à-dire de toute la Réserve ainsi que des classes territoriales de
93 et de 94. Si l’on admet que l’espérance de vie d’un homme à cette époque était de 50 ans, pratiquement tous les hommes valides étaient
mobilisables.
Nombreuses étaient les usines à Joinville : Jougla-Lumiere, Pathé, Bi-métal, Cartonnerie, les Eaux, les
écuries…..
Les hommes valides furent remplacés par des femmes (ainsi naquit l’émancipation des femmes plus
tard !)
Rassemblement dans la gare de marchandises de Joinville où attendait un train.
Les épouses, les mères et les enfants se pressaient autour des wagons pour un dernier adieu et pour un prompt retour car
la guerre n’allait pas durer longtemps !
Le train prit la direction du Fort Neuf à Vincennes, en passant par le carrefour de Beauté et la Cartoucherie (les rails de cette ligne étaient encore visibles en
1995).
Dans les casernes on distribua les fameux pantalons rouges garance .
Après la révolte paysanne de Béziers, il ne fallait surtout pas mettre nos cultivateurs de garance en
avignonais au chômage ! De plus, la garance était fabriquée synthétiquement sous le nom d’Alizarine, à Mulhouse, c’est-à-dire en Allemagne …..
Ce rouge trop voyant sera remplacé par le « Bleu Horizon » à la fin 1915. Ainsi la tenue de
nos poilus pouvait se confondre avec le bleu du ciel !
Mais nos casernes n’avaient pas de casques pour nos mobilisés (la
guerre serait vite terminée).
Tout se passa dans l’ordre, avec la fleur au fusil. Sans oublier la fameuse baïonnette (chère au Secrétaire d’État
Maginot) car l’honneur d’un soldat français consistait à se battre au corps à corps…. alors que les prussiens avaient misé sur leurs nouveaux canons rayés en acier des usines Krupp….ainsi
que sur les nouvelles mitrailleuses portatives….….
L’escrime était encore toujours à l’honneur dans notre Ecole Normale de Gymnastique et d’Escrime de
Joinville !
3.-La Militarisation du Bois de Vincennes
N'oublions pas que le tiers du Bois de Vincennes faisait partie du territoire de
notre commune.
Dès le mois d’Août 1914, ces 350 hectares du Bois furent réservés à l’Armée et encerclés de fils de fer
barbelés.
- La ligne de chemin de fer fut rétablie entre la gare de
marchandise (très importante) de Joinville et le parc d’Artillerie, la Cartoucherie et le Fort Neuf de Vincennes. Un atelier de chargement de 4 hectares sur la gare de marchandise fut déclaré
d’intérêt sanitaire et militaire.
- Sur le champ de course un terrain fut réservé pour l’exercice de lancement de grenades chargées. L’autre
partie de l’Hippodrome fut prise par le Centre d’évacuation et de triage du Service Automobile.
Jusqu’en 1920, le Bois de Vincennes était resté un ramassis de
vieux canons, d’automobiles et de baraquements. Pourtant une loi votée en 1919, déclassait toute la zone militaire du Bois pour l’annexer à la Ville de Paris.
Cette Loi ne fut appliquée que le 19 Avril 1929, date à laquelle la commune de Joinville fut amputée de ses
103 hectares du Bois de Vincennes.
- En 1917, une garderie d’enfants fut installée dans le Bois pour les ouvrières Joinvillaises de la
Cartoucherie.
Vers 1916 Un hôpital militaire, américains’ était installé dans le château du Parangon.
Mais c’était L’Hôpital Militaire Canadien qui fut le plus renommé. Et accepté par les Joinvillais.
4.- L’Hôpital Militaire Canadien
Au mois d’août 1914, le Canada (avec l’Angleterre) entrait en guerre contre l’Allemagne du
Kaiser.
Au début de 1915, l’Université de Laval de Montréal proposa à l’armée canadienne d’organiser un hôpital
stationnaire de 400 lits. Cette proposition acceptée par Ottawa fut ensuite ratifiée par le War Office de Londres.
L’université nomma le colonel G.R. BEAUCHAMP pour diriger et organiser ce projet. Le gouvernement canadien
transforma ce projet de 400 lits en l’ Hôpital Général Canadien N°6 qui comprenant 1040 lits avec 319 membres de personnels dont 39 officiers (chefs
de clinique) et 73 infirmières (nurses). Ce personnel médical comprenait des spécialistes : dentistes, ophtalmologistes, radiologistes, bactériologistes, neurologues, urologues
Un tel “hôpital” comprenait en plus du personnel médical toute une équipe technique (cuisiniers, coiffeurs,
électriciens....) ainsi que le matériel et les tentes pour lui permettre de s’installer en dehors de toutes les commodités des villes et de se suffire en tout à lui-même.
L’Hôpital Général Canadien N°6 quitta Montréal le 20 mars 1916 et embarqua à HALIFAX (nom d’une rue à
Joinville) à bord du “Baltic” pour se rendre tout d’abord en Grande-Bretagne.
Arrivés en France en Juillet 1916, les canadiens installèrent
un camp sous tentes à Joinville-le-Pont sur le plateau de Gravelle (entre le lac de Gravelle et l’emplacement du stade municipal
actuel).
Pourquoi Joinville a t-elle été choisie pour accueillir cet hôpital ? L’Ecole Normale Militaire de
Gymnastique de Joinville à proximité (Redoutes et Camp de St Maur), était connue de l’Armée canadienne. Les liaisons avec Paris étaient faciles et rapides grâce à la ligne de la Bastille. Enfin
Joinville avec son Bois, sa Marne et ses Guinguettes constituait un lieu de repos idéal pour les soldats venant du front.
De plus Une fraternisation des Joinvillais (et des Joinvillaises….) avec le personnel et les militaires canadiens s’établit…..
Entre temps la Croix-Rouge du Canada venait d’offrir la construction en dur d’un hôpital moderne de 500 lits
à Joinville.
Au mois de juin 1918 le personnel de l’Hôpital Laval vint prendre possession du nouvel hôpital qui venait
d’être terminé le 1er Juin 1918 .
L’Hôpital Laval était constitué de plusieurs bâtiments d’un seul étage en colombages et comportaient 520 lits
sous les ordres du Colonel Beauchamp assisté de 39 officiers (chefs de clinique de l’Université de Laval) , 73 infirmières et 207 employés (cuisine, administration, entretien;,
nettoyage...)
Outre les services de médecine et de chirurgie, cet hôpital comprenait un laboratoire, une salle de rayons X,
un service de stomatologie, une pharmacie, plusieurs salles d’opération permettant d’effectuer jusqu’à 54 interventions par jour.
Du 1er Juillet 1918 au 9 mai 1919,
143 Canadiens
127 Anglais
2.964 Français
et 220 Allemands
y furent soignés, dont près de 2.000 “gazés”.
Le 3 Juillet 1918, la Croix Rouge Canadienne fit don de l’Hôpital Militaire de Joinville à l’Etat Français au
cours d’une cérémonie à laquelle assistaient le Président de la République, Raymond POINCARE, Lord DERBY, Premier Ministre anglais, Sir Robert BORDEN, Premier Ministre du Canada et du Général Mac
DOUGALD de la Société de la Croix Rouge du Canada.
Le personnel canadien de l’Hôpital Laval resta en fonction après l’Armistice jusqu’au 9 Mai 1919. Il fut
remplacé par un personnel hospitalier français dirigé par le médecin-chef AUBURTIN.
Et c’est grâce au personnel médical de cet hôpital canadien que les Joinvillais ont été épargnés de la
monstrueuse grippe espagnole de 1919 !
Que devint ensuite l’Hôpital Militaire Canadien ?
En 1920, les malades furent transférés à l’hôpital du Val-de-Grâce et les bâtiments furent donnés à l’Ecole
Normale Militaire de Gymnastique de Joinville (réouverte depuis le 8 Mai 1916) sous les ordres du Colonel LABROSSE.
Ces bâtiments abriteront l’Etat-major et l’administration de l’Ecole jusqu’en 1939 (Colonel SCHWANDLER) où la
plupart des bâtiments furent démolis.
Entre temps, le 31 Décembre 1929, la ville de Paris avait annexé tout le Bois de Vincennes et le Plateau de
Gravelle qui appartenaient (en partie) au territoire de la commune de Joinville. La route des Canadiens devint ainsi la limite de notre commune avec Paris-12.
Le champs de courses de Gravelle fut rebaptisé Hippodrome de Vincennes et la ferme de la Faisanderie ainsi
que les deux redoutes revinrent à Paris.
La Ferme est devenue l’Ecole Nationale d’Horticulture Du BREUIL, la redoute de la faisanderie a laissé la
place à l’Autoroute A4. Seule la redoute de Gravelle susbsiste encore et abrite l’Ecole de police de Paris.
5.- Les Années de guerre
La population ne
souffrait pas trop des rationnements car les fermes de la Faisanderie, du Tremblay et des maraichers subvenaient suffisamment aux besoins des 8.000 Joinvillais .
Les chevaux avaient été réquisitionnés par l’armée.
Notre Ecole Normale de Gymnastique ferma immédiatement lors de la mobilisation générale, pour rouvrir en 1916 car
le Front avait besoin de cadres entrainés.
Les usines continuèrent à tourner, grâce aux femmes qui avaient remplacé les hommes partis au
Front.
Beaucoup d’entelles travaillaient à la Cartoucherie du Bois.
Mais les journées des Joinvillais étaient surtout rythmées par l’arrivée
des journaux de Paris dont les articles perdaient lentement leur optimisme avec cette
affreuse guerre des tranchées.
Les mères et les épouses lisaient avec anxiété les combats de la Somme des Ardennes, de Verdun, de la
Marne.
De temps à autre, une carte ou une lettre venait du Front.
Deux cinémas à Joinville « Eden » et « l’Etoile Polaire » (et surement d’autres ?) projetaient des courts reportages : Les Actualités Pathé, Pathé Journal, Gaumont Journal, Eclair et Eclipse, sous la censure des Militaires qui utilisaient ces films comme moyens de propagande pour les français mais aussi contre l’ennemi !.
Les bombardements de Paris par la “Grosse Bertha”, les bombes des avions
allemands (22 morts et 76 blessés en banlieue parisienne), en février 1918 et les combats aériens (à Chelles) obligèrent les Joinvillais de trouver un refuge dans le tunnel du canal. Du coup celui-ci fut éclairé à
l’électricité en 1918 .
Mais c’était la cloche de l’Eglise St Charles qui figeait toute activité à
Joinville. Chaque fois elle annonçait la mort d’un de nos combattants , un mari, un père, un frère, un fils.
Cette cloche lugubre sonna 367 fois……en quatre ans..
Le maréchal des logis François VERDIER (31 ans) fut le premier Joinvillais
tombé au Champs d’Honneur à Marcilly, le 8 Septembre 1914.
C’est le 28 Juillet 1916 qu’est tombé à Belloy-Santerre le Lieutenant
Emile
MOUTI ER (25 ans) du 272éme Régiment d’Infanterie.
La rue des cliquettes portera son nom à la suite d’une décision du Conseil
Municipal du 15 Janvier 1922.
6.- Les Jetons de
Nécessité
Au cours de cette Grande Guerre, tous les ustensiles ménagers, les outils et les objets d’art en cuivre, en laiton ou en
bronze ont été réquisitionnés par les autorités militaires pour la fabrication d’obus et de cartouches. A cette époque, le cuivre nous venait
d’ Afrique, du Cameroun allemand….
A Joinville les pièces de monnaie étaient devenues très rares, car elles
étaient en bronze.
La population ainsi que les commerçants éprouvaient de grandes difficultés pour faire l'appoint ou pour rendre la
monnaie lors des achats quotidiens.
Des scènes épiques se produisirent au guichet de la gare pour le paiement des trajets en chemin de fer de la
Bastille.
A un tel point que de nombreuses villes françaises frappèrent monnaie et plus particulièrement des pièces de 5, 10, 25,
40 et 50 centimes et même des jetons de 1, 2 et 3 francs. Ces pièces en aluminium dites de « nécessité » étaient éditées non pas par les municipalités mais par des chambres de commerce,
des groupements de commerçants, des cafetiers, des régiments et même des particuliers.
Nous connaissons SIX éditeurs de pièces de monnaie à Joinville: le Groupement des commerçants, Industriels et Habitants, Bel-Air (?), le bureau de chômage, le Mess des
sous-officiers de l'Ecole de Joinville, Landier (?) et la Société Coopérative
7.- Le 11 Novembre 1918 : Une explosion de
joie
Le 11 Novembre 1918 :
La signature de l’armistice eut lieu à
5h15 dans la carrière de Rethondes
A 11 heures précises tous les clairons sonnent le « cessez-le-feu », « Levez-vous », « Au Drapeau », « la Marseillaise »
A 4 heures de l’après-midi, Clémenceau annonce la capitulation des allemands à la
tribune de l’Assemblée Nationale.
Ce Lundi 11 Novembre à 11 heures
le télégraphe de la poste (Vautier) crépitait sans arrêt et le téléphone de la
Maire de Joinville sonnait à tout rompre : « l’armistice avec les allemands est signé, la guerre est finie »
Rapidement, le Maire, Achille MERMET envoie son tambour-affichiste dans
toute
La Commune pour annoncer la bonne
nouvelle.
Entre temps l’Abbé Léon ROGER, curé de St Charles, également averti de l’armistice fit sonner les cloches de l’Eglise à toutes
volées pendant une demi-heure à l’unisson de toutes les cloches de France .
L’Abbé organisa par la suite un Te Deum pour la fin de cette guerre et pour le repos des Ames des combattants morts pour la France.
Toute la population de Joinville descendit dans les rues, les gens
s’embrassaient ; on dansait de joie, les jeunes lançaient des pétards. Les usines s’arrêtèrent
pour permettre aux ouvriers de participer à cette liesse.
Nombreux furent les Joinvillais qui prirent le train de la Bastille pour aller défiler sur les Champs Elysées.
Les cafés de Joinville firent recette : les sujets de discussions fort animées ne manquaient pas :
Le retour de l’Alsace et de la Lorraine
Les allemands paieront :
5.000 canons et 25.000 mitrailleuses
17.000 avions !
Sans oublier des centaines de locomotives à vapeur
(même si elles roulaient à droite !)
L’abdication du Kaiser Guillaume II
La montée des révolutionnaires en Allemagne
L’occupation de la rive gauche du Rhin….
Et l’inévitable Traité de Versailles
Tout cela autour d’un Demi, d’un Pastis, d’une Muse Verte(l’absinthe ayant été
interdite), d’un Dubonnet ou d’un Byrrh….
8.- Baptême des
voies publiques
Cette Première Grande Guerre Mondiale fut une victoire pour les Alliés. Aussi fallait-il porter des témoignages pour honorer les vainqueurs afin que les générations suivantes s’en
souviennent.
Ainsi de nombreuses rues et places de France changèrent de nom.
Joinville le Pont ne fut pas la dernière à honorer les vainqueurs.
Grace à son Maire Achille-Ernest MERMET. Elu en 1912 à la suite d’Eugène VOISIN, malade, il restera le Maire de cette guerre
jusqu’en 1919.
Dès le 2 Mai 1916, il fit voter par son Conseil Municipal le nom du nouveau pont
(1910) qui reliait St Maur à Joinville et à Champigny : « Pont du Roi des Belges,
Albert 1er ». Le Roi des Belges ayant rejeté l’ultimatum du Kaiser Guillaume II , décréta immédiatement la mobilisation
générale afin de ne pas laisser passer les troupes allemandes. Malgré cela la Belgique fut envahie par
les troupes du Kaiser dés le 3 Aout 1914 .
Le 26 Septembre 1916 la Route de la Brie prend le nom d’avenue
du Général Joseph Gallieni, décédé le 27 Mai 1916. C’était lui qui avait monté le transport des troupes par les taxis parisiens pour la
bataille de la Marne. Or la Route de la Brie allait justement vers la « Marne », malheureusement les « Taxis de la Marne »
n’empruntèrent pas le Pont de Joinville….
Pour éterniser le souvenir de l’horrible bataille de Verdun, l’ancien carrefour de Polangis fut baptisé
Place de Verdun, ce 31 Octobre 1916.
Le 24 Juillet 1918 pour honorer le dévouement du personnel
médical de l’Hôpital militaire Canadien, la rue (route) des Corbeaux prend solennellement le nom d’Avenue des Canadiens (l’actuelle
N4).
Ce n’est que 73 ans plus tard que le quartier des réservoirs prit les noms de Place des Canadiens, rue Halifax et square Québec.
Tous les soldats décédés dans l’Hôpital Canadien furent transférés dans des
cimiers de regroupement.
Au départ du Colonel BEAUCHAMP le Conseil Municipal du 18 Septembre 1918 décida d’ouvrir le cimetière communal aux blessés
canadiens qui décéderaient ensuite à l’hôpital. Ainsi 13 “Canadiens” reposent dans notre cimetière dans le “carré des canadiens” (13ème
division) :
Enfin, peu avant l’armistice, le 18 septembre 1918, le Conseil Municipal décide de créer dans le cimetière communal,
le Carré des Combattants morts pour la France : 54 français
7 anglais
5 australiens
et 2 canadiens, BEAUDOIN et
BELISLE, , tous deux infirmiers de l’Hôpital Canadien et victimes de la grippe espagnole.
Dans la foulée il fallait honorer également le Président Wilson des
Etats Unis qui avait établi les grandes lignes du Traité de Versailles (qui sera le prétexte de la Seconde Guerre mondiale !)
Henri VEL-DURAND, maire de Joinville à partir de 1919, baptisa la première partie
de la route de Paris qui longeait le Bois Bénard (Bois Cabi) , entre le pont du Chemin de fer jusqu’à la gare de Joinville : Avenue Jean Jaurès en hommage à ce dirigeant socialiste, un pacifiste qui préconisait un rapprochement de la Fra nce avec l’Allemagne, assassiné le 30 Juillet 1914.
La rue des Cliquettes deviendra la rue
Emile Moutier en 1922 en l’honneur de ce jeune Lieutenant de 25 ans , mort pour la Franve.
C’ est également le maire Vel-Durand qui inaugura le Monument aux Morts de 14-18 en
1926.
A cette époque l’entrée du cimetière s’effectuait par la rue du Cimetière donnant sur l’Avenue Gallieni. De nos jours l’entrée
est sur la rue des familles. La rue du cimetière devint la Rue du 11 Novembre 1918.
Enfin, peu avant l’armistice, le 18 septembre 1918, le Conseil Municipal décide de créer dans le cimetière communal,
le Carré des Combattants morts pour la France
Enfin, après les funérailles nationales du Maréchal Foch, l’avenue du Château prit le nom d’avenue Foch, fin Mars 1929.
Bien plus tard, la rue Marie-Louise (Polangis) prit le nom d’Etienne PEGON,
un ancien Combattant, mutilé, bien connu des Polangeois.
La Société des Mutilés, Anciens Combattants, Réformés et Veuves de Guerre fut fondée en 1918 par quelques mutilés à Joinville le Pont. Son siège était au N°14
de la place de Verdun. Cette association avait pour but de de défendre et de faire valoir les droits acquis au prix de leur sang versé sur les champs de bataille.
Grace au dévouement et à l’activité de son Président Gabriel BUREAU et de son Secrétaire Général Etienne PEGON , deux martyrs de leurs atroces blessures, la Société prit un essor considérable surtout quand elle groupa en 1928 les Anciens Combattants titulaires de la Carte et les « Victimes de
guerre ».
9. Le Monument aux Morts de 14-18
La guerre de 14-18 avait frappé vite et massivement : 8.500.000 hommes tués au combat pour l’espace occidental (y
compris la Russie) ! La France avait payé un lourd tribut avec ses 1.459.000 morts.
Lorsqu’en 1919 le gouvernement autorisa le rapatriement des corps des 700.000 soldats identifiés, seuls 240.000
revinrent au pays.
Un fils d’Aurillac, Paul DOUMER, futur 13 èmre Président de la République, dont le fils avait péri dans la tuerie,
demandait inlassablement de laisser ensembles ceux qui avaient souffert :
“Laissons les dormir côte à côte au champs d’honneur, qu’importe leur lieu de sépulture, la vraie tombe est
dans nos cœurs”.
Alors la France se couvrit de monuments aux Morts devant lesquels devaient se recueillir à chaque manifestation
patriotique, le maire avec son conseil municipal, les anciens combattants ainsi que les parents des disparus.
36.000 communes érigèrent 36.000 monuments sauf une douzaine qui n’avaient
pas un seul mort à déplorer.
Les noms de nos morts devaient figurer sur ces monuments mais également
sur les plaques des paroisses, des entreprises et des écoles. En tout près de 150.000 inaugurations entre 1921 et 1930 !
Pour les architectes, les marbriers, les entreprises de pompes funèbres et les fondeurs, ces monuments représentaient le
marché du siècle.
Le conseil municipal de Joinville avait un délicat problème à résoudre :
quel type de monument fallait-il élever ? Il aurait fallu pouvoir assister aux discussions passionnées où les vieilles querelles politiques et religieuses resurgissaient............
Impossible d’exalter la mort des poilus, fut-elle héroïque. Il fallait représenter un poilu debout, mais dans quelle
attitude ? ou encore une femme vêtue d’un péplum grec. Mais quelle femme ? la Patrie ou l’épouse ?
C’est finalement une femme vêtue d’un péplum qui fut choisie par le
conseil municipal de Joinville.
Ce monument fut inauguré en 1926 par le maire Henri Vel-Durand. Il fut baptisé « Au Poilu de Vincennes » car
le « Camp de St Maur » (camp de 2.000 militaires, dépendant de l’École Normale Militaire de Gymnastique et d’Escrime de Joinville, situé à l’emplacement de l’INSEP actuel) faisait
encore partie du territoire de notre commune.
Sur ce monument furent apposées deux plaques avec les noms des 367 Joivillais morts pour la France .
367 morts pour une population de 8.000 habitants (environ)
Ce monument permet aux Joinvillais de se souvenir et d’honorer en plus des morts, les « Gueules cassées », les
« Ailes Brisées » les invalides, les mutilés, les « gazés », les familles qui avaient perdu un père, un ou plusieurs fils, les veuves et les « veuves
blanches »….
EPILOGUE
Cette Guerre qui fit 8 millions de morts en Europe et des millions de
blessés et mutilés, marqua la fin d’une 1époque.
L’émergence de nouvelles techniques, d’information et de communication,
d’une industri1alisation et d’une urbanisation galopantes de nos villes changèrent notre vie quotidienne.
Un exemple : au début du 20ème siècle les femmes étaient
encore très mal considérées dans les milieux professionnels, industriels, politiques et scientifiques. Il suffit de relire les ennuis et injures
qu’avait dû subir Marie Curie lorsqu’elle eut ses deux Prix Nobel !
Mais durant cette guerre les femmes ont joué un rôle capital
en remplaçant les hommes dans toutes les industries et toutes les
professions. Elles avaient fait un travail et un dévouement admirables dans les hôpitaux et dans la Croix Rouge sur les Fronts.
Un nouvel âge d’or se dessinait à
Joinville le Pont à partir de 1918.
Déjà un 7ème Art naissant employa de nombreux techniciens et artisans.
Une activité nouvelle qui venait s’ajouter aux nombreuses
autres industries, aux deux champs de courses avec leurs MILLIERS de chevaux et ses sports nautiques.
Sans oublier la réouverture de ses guinguettes qui attiraient les parisiens : il n’était pas rare de
voir des mariages venant de Paris, les mariés haut-perchés sur des chars à
banc tirés par cinq chevaux…La joie des gamins de cette époque qui ramassaient non pas des dragées mais de petites pièces de monnaie..
Mais, conséquence du Traité de Versailles, un bruit de bottes se fit entendre outre-Rhin, vingt années plus tard……….