HISTOIRE DE « MA LIBERATION » DE PARIS
racontée à mes petites filles
Article paru dans la revue de la FEDERATION NATIONALE DES COMBATTANTS VOLONTAIRES et rédigé par Monsieur Raymond Pierre BOURASSIN.
Je remercie la F.N.C.V. ainsi que Monsieur Bourassin de m’autoriser à éditer cet article dans le blog et ainsi d’en faire profiter nos visiteurs.
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1ère Partie
Pour bien situer les évènements qui suivent, il me faut remonter en juin 1944.
Dès le débarquement, le 6 juin, je pars vers la Normandie en compagniede deux camarades, Fred et Pierre, rejoindre un groupe de résistants placé sous les ordres du Cdt. DULIAU DE SALVA, dans le secteur entre Tinchechebray, Vire et la forêt de Saint-Sever. A leur tête, se trouve un parachutiste FFL (mais je le trouve un peu trop voyant àmon goût). Nous sommes chargés d’essayer, par descoups de main sur les routes, de retarder les convois allemands qui montent ou qui redescendent en direction de l’Est. Notre deuxième mission consiste à prendre contact avec les prisonniers américains qui se sont embourbés avec leurs planeurs ou leurs parachutes dans les marais inondés de la région de Carentan.
Ces prisonniers sont très mal surveillés par de vieux soldats allemands renvoyés du front russe pour se reposer en Normandie et quelque peu blasés sur l’issue de la guerre. Il font circuler leur colonne de prisonniers la nuit pour se cacher des avions américains qui dominent le ciel normand durant le jour. Dans la journée, ils parquent leurs prisonniers dans des granges à l’abri du ciel. Ils nous suffit de les aborder, de leur proposer des oignons (car ils craignent le scorbut) et de leur expliquer que nous sommes là pour les faire évader. Peu d’entre eux sont intéressés par nos projets, mais pour les autres, acteurs de la liberté, nous leur expliquons que, peu après leur départ, ils passeront sous un pont de chemin de fer. Il leur suffira alors, de se jeter à terre sur le côté droit de la route, de ne plus bouger, et d’attendre que nous venions les récupérer et les prendre en charge. Nous réussissons cette manœuvre durant trois jours avec plus ou moins de succès, car peu d’entre eux font confiance aux qualités des résistants français. Mais les Allemands finissent par se douter de quelque chose, car c’est toujours au même endroit que certains s’évaporent.
Dans cette forêt de Saint-Sever, nous sommes cernés par des waffens-SS et des miliciens français qui sont plus sauvages que la wehrmacht car si nous sommes pris nous serons fusillés sur place, comme des terroristes. Nous devons fuir le plus vite possible, d’autant que nos trois Américains qui sont là avec nous, cette fois, ne sont guère enthousiastes pour faire le coup de feu, protégés qu’ils sont par la convention de Genève (et pas nous !). Ils ont pour nom : 1er lieutenant Milbum QUINTANA, Raymond DUELL et parachutiste Charly FRANCKENFIELD.
Après une escarmouche de nuit, nous constatons que nous ne pouvons plus utiliser la filière habituelle d’évasion. Nous allons donc fuir vers l’ouest, en direction de la baie du Mont-Saint-Michel. Nous savons qu’en lisière de cette baie, il existe de nombreuses villas abandonnées par leurs résidents, car placées en zone interdite par les occupants. Après trois nuits de marche harassantes, nous arrivons à Champeaux. Pour nous nourrir, nous n’avons pu nous procurer que des carottes arrachées dans les champs. C’est assez frugal.
Nous nous cachons dans les sous-sols de deux villas placées l’une contre l’autre. Durant deux journées et deux nuits, nous entendons passer les Allemands qui décrochent et fuient vers Rennes. Nous envisageons de nous emparer d’une barque de pêcheur. Mais Dieu est avec nous : un ancien marin, intrigué par nos allées et venues, nous contacte, car il craint pour sa barque. C’est un ancien capitaine au long cours, et de surcroît, résistant. Il nous dissuade de mettre notre projet à exécution, car partant de nuit, à la marée montante, nous nous trouverions, au petit matin, après bien des efforts, face à Granville et aux iles Chausey, où les derniers canons de marine allemands nous détruiraient.
Ce sera le capitaine des pompiers de Granville qui, avec son plus grand véhicule, nous prendra en charge après nous avoir vêtus avec des vestes en cuir noir et le casque traditionnel, jusqu’à Julouville, près de Granville. Comme d’habitude, nous nous cachons dans les sous-sols d’une villa. Au petit jour, plus un seul bruit. Les Allemands ont tous disparu. Nous jetons un œil dehors et dans la brume, nos Américains aperçoivent une jeep avec trois éclaireurs. Nos trois Américains ont vite fait de se débarasser de leur cote de travail et se retrouvent avec leurs uniformes à la grande stupéfaction des occupants de la jeep. Quelques contacts radio avec leur supérieur et, une demi-heure plus tard, un command-car nous emmène vers Isigny, où se trouve leur unité. Nous sommes reçus avec beaucoup de gentillesse par les officiers supérieurs du camp, et invités à partager le repas au mess. Steak et beurre de cacahuète, arrosé de coca cola… Le moins que l’on puisse dire, c’est que le goût nous surprend. Le lendemain, une jeep nous transporte jusqu’à Bayeux où nous allons être interrogés par le capitaine CAHN, du deuxième bureau français. Après une demie-journée d’interrogatoire non-stop, nous sommes conduits à la gendarmerie locale puis incorporés à l’échelon avancé de l’Etat Major Général, sous les ordres du colonel Pierre DE CHEVIGNE, qui deviendra plus tard, ministre de la guerre, puis gouverneur général de Madagascar.
Comme nous sommes très peu de Français,notre rôle va consister à suivre les avants postes américains, et dès que nous abordons une ville nous les devançons pour nous emparer de la mairie et mettre en place une structure municipale, soit que nous maintenons le maire, soit que nous le débarquons, en fonction de ses antécédents. Notre deuxième mission est plus délicate, il s’agit de mettre en application « l’AMGOT » (Allied Military Government Occupated Territory), institué par le président ROOSEVELT, c’est à dire mettre en place, une monnaie imprimée aux USA, appelée communément par le général DE GAULLE « monnaie de singe ». Et cette monnaie ne devra pas voir le jour. Nous nous y employons, mais en toute franchise, nous sommes bien aidés par l’Etat-Major allié, ni les généraux EISENHOWER, PATTON et CLARCK ne respecteront de tels ordres car ils trouvent que la France n’est pas une nation occupée mais libérée. Nous pouvons nous apercevoir, à cette différence près, que le président ROOSEVELT, n’apprécie ni le général DE GAULLE, ni les Français.
Et c’est ainsi que nous pénétrons à Rennes. Nous libérons une vingtaine de prisonniers sénégalais, nous les révêtons du battle-dress et du casque plat anglais. Ils sont très fiers et heureux. A chaque ville libérée ils se feront une collection de marraines de guerre. J’en sais quelque chose, car à chaque colis, il me faut écrire à ces marraines pour les remercier en leur nom !
Puis ce sera Angers, Le Mans, Chartres, et Dreux. Mais nous devons bifurquer sur Rambouillet car nous avons reçu l’ordre de nous emparer du château pour en faire le bivouac du général DE GAULLE. Mon problème, dès que nous arrivons, sera de lui procurer un lit de plus de deux mètres de long (nos précédents présidents étaient notoirement plus petits, au propre comme au figuré…). Le 22 aout, le général arrive en compagnie de son lieutenant d’ordonnance et de messieurs DITHELM, LE TROQUER et monsieur André MORICE. Ces trois hommes pensent que leur mission consiste à empécher le général DE GAULLE de s’emparer du pouvoir et de devenir un dictateur ! Le général ne peut décidement pas les supporter, car ils représentent à la fois, la vieille troisième république, le radical socialisme, et la franc-maçonnerie ! Mais il doit composer
Le soir même, j’apprends que je suis désigné comme dactylo et mis à la disposition du général car son staff n’est pas encore arrivé de Londres. Je pars en ville à la recherche d’une machine à écrire, d’une ronéo Gestetner avec encre,e t pour cette dernière, de stencils. Comme il est plus de 8 heures du soir, je cours chez le notaire pour lui réquisitionner le matériel nécessaire. A ma grande surprise il s’exécute avec beaucoup de gentillesse. A notre départ pour Paris, nous lui rendrons tout l’ensemble en bon état.